{"id":556,"date":"2022-07-08T12:02:14","date_gmt":"2022-07-08T10:02:14","guid":{"rendered":"http:\/\/festivallaresistanceaucinema.fr\/?p=556"},"modified":"2024-04-25T18:22:22","modified_gmt":"2024-04-25T16:22:22","slug":"larmee-des-ombres","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/festivallaresistanceaucinema.fr\/?p=556","title":{"rendered":"L&rsquo;Arm\u00e9e des Ombres"},"content":{"rendered":"\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Du flop au film culte #1. L\u2019Arm\u00e9e des ombres, 37 ans pour entrer dans la lumi\u00e8re<\/h1>\n\n\n\n<p>Meilleur film fran\u00e7ais jamais r\u00e9alis\u00e9 sur la R\u00e9sistance, le chef-d\u2019\u0153uvre de Jean-Pierre Melville a re\u00e7u un accueil tr\u00e8s froid \u00e0 sa sortie en 1969. Suffisant pour emp\u00eacher une diffusion aux \u00c9tats-Unis jusqu\u2019en 2006.<\/p>\n\n\n\n<p>Publi\u00e9 par le journal L&rsquo;Humanit\u00e9 jeudi 7 Juillet 2022<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.humanite.fr\/auteurs\/emilio-meslet-684525\">Emilio Meslet<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"900\" height=\"506\" src=\"http:\/\/festivallaresistanceaucinema.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/300263.HR_.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-560\" srcset=\"http:\/\/festivallaresistanceaucinema.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/300263.HR_.jpg 900w, http:\/\/festivallaresistanceaucinema.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/300263.HR_-300x169.jpg 300w, http:\/\/festivallaresistanceaucinema.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/300263.HR_-768x432.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 900px) 100vw, 900px\" \/><figcaption>Pour sauver des compagnons et \u00e9viter les tra\u00eetres, le r\u00e9sistant Philippe Gerbier (g\u00e9nial Lino Ventura) a un fiable et solide bras doit (Paul Crauchet) et une arme redoutable, le silence. \u00a9 Collection ChristopheL via AFP<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Et si le meilleur film fran\u00e7ais de 2006 \u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 un film de 1969\u2009? Au point qu\u2019il aurait peut-\u00eatre pu remporter l\u2019oscar du meilleur film \u00e9tranger en 2007, si la France n\u2019avait pas choisi de pr\u00e9senter \u00ab\u2009Fauteuils d\u2019orchestre\u2009\u00bb, de Dani\u00e8le Thompson, \u00e0 la place. C\u2019est triste mais c\u2019est ainsi\u2009: les \u00c9tats-Unis ont d\u00fb patienter trente-sept ans avant de pouvoir d\u00e9couvrir \u00ab\u2009l\u2019Arm\u00e9e des ombres\u2009\u00bb. Lorsqu\u2019il sort sur les \u00e9crans am\u00e9ricains, le chef-d\u2019\u0153uvre de Jean-Pierre Melville est donc in\u00e9dit. Bien qu\u2019il ne touche pas le grand public, le triomphe est r\u00e9el. Les critiques prennent une claque cin\u00e9matographique monumentale en d\u00e9couvrant ce film dans lequel on \u00ab\u2009peut se perdre\u2009\u00bb au risque de \u00ab\u2009ne jamais en revenir\u2009\u00bb, selon les mots du \u00ab New York Times \u00bb. \u00ab\u2009L\u2019Arm\u00e9e des ombres\u2009\u00bb fait l\u2019unanimit\u00e9. Pourquoi alors parler d\u2019un flop\u2009?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Melville, pseudonyme choisi en hommage \u00e0 l\u2019auteur de \u00ab\u2009Moby Dick\u2009\u00bb<\/h2>\n\n\n\n<p>Pour tout comprendre, notamment cette sortie tr\u00e8s tardive outre-Atlantique, il faut remonter en 1942. Occup\u00e9 par les nazis, l\u2019Hexagone conna\u00eet la p\u00e9nurie, le rationnement, le couvre-feu, la peur, la censure, la collaboration. Et un certain Jean-Pierre Grumbach, juif fran\u00e7ais engag\u00e9 dans la R\u00e9sistance, ambitionne de rejoindre Londres. Apr\u00e8s un long p\u00e9riple et plusieurs mois dans les prisons espagnoles, il y parvient en juillet 1943. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019il devient Melville, pseudonyme choisi en hommage \u00e0 l\u2019auteur de \u00ab\u2009Moby Dick\u2009\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques semaines plus tard, en Alg\u00e9rie, le romancier et journaliste Joseph Kessel, lui-m\u00eame r\u00e9sistant et coparolier du \u00ab\u2009Chant des partisans\u2009\u00bb, publie \u00ab\u2009l\u2019Arm\u00e9e des ombres\u2009\u00bb. Commande du g\u00e9n\u00e9ral, au dire de l\u2019\u00e9crivain, et inspir\u00e9 de vrais t\u00e9moignages, le roman documente le quotidien souterrain des femmes et des hommes de la R\u00e9sistance int\u00e9rieure fran\u00e7aise qui combattent le nazisme. Melville tombe dessus et d\u00e9vore ce qu\u2019il consid\u00e8re comme \u00ab\u2009le plus beau et le plus complet des documents sur cette \u00e9poque tragique de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9\u2009\u00bb. Les arrestations, les probl\u00e8mes de ravitaillement, le n\u00e9cessaire secret, les sabotages\u2009: il conna\u00eet la r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9crite par Kessel. Apr\u00e8s la bataille de Monte Cassino, en 1944, o\u00f9 il fr\u00f4le la mort, Melville se fait une promesse\u2009: il sera r\u00e9alisateur. Mais \u00ab\u2009l\u2019Arm\u00e9e des ombres\u2009\u00bb est un \u00ab\u2009trop gros morceau\u2009\u00bb pour d\u00e9buter.<\/p>\n\n\n\n<p>Il lui faudra dix films et un statut de metteur en sc\u00e8ne reconnu avant d\u2019oser s\u2019attaquer \u00e0 la montagne Kessel. \u00ab\u2009Je l\u2019ai port\u00e9 en moi vingt-cinq ans et quatorze mois exactement. Il fallait que je le fasse et que je le fasse maintenant, compl\u00e8tement d\u00e9passionn\u00e9, sans le moindre relent de cocorico. C\u2019est un morceau de ma m\u00e9moire, de ma chair\u2009\u00bb, dira Melville. Son adaptation sera la synth\u00e8se de sa carri\u00e8re, un m\u00e9lange entre son besoin de parler de la guerre, qu\u2019il traite d\u00e9j\u00e0 dans \u00ab\u2009le Silence de la mer\u2009\u00bb (1949) et \u00ab\u2009L\u00e9on Morin, pr\u00eatre\u2009\u00bb (1961), et son talent pour le suspense \u00e9prouv\u00e9 dans ses nombreux polars tels que \u00ab\u2009le Doulos\u2009\u00bb (1962) ou \u00ab\u2009le Samoura\u00ef\u2009\u00bb (1967). Surtout, de ses films de gangsters, il apporte ses impers cintr\u00e9s, sa froideur et ses obsessions\u2009: le sens du devoir, l\u2019amiti\u00e9, la trahison.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La col\u00e8re rentr\u00e9e de Lino Ventura<\/h2>\n\n\n\n<p>Avec un tel metteur en sc\u00e8ne, le pape du box-office \u00e0 la production, Robert Dorfmann, et un budget confortable, le film est promis aux lauriers. D\u2019autant que, dans le r\u00f4le-titre, Melville veut Lino Ventura, alors au sommet de sa carri\u00e8re et avec qui il vient de tourner \u00ab\u2009le Deuxi\u00e8me Souffle\u2009\u00bb. Ventura accepte d\u2019incarner Philippe Gerbier, un r\u00e9sistant gaulliste qui r\u00e9ussit \u00e0 s\u2019\u00e9vader lors d\u2019un transfert \u00e0 la Gestapo. Pour l\u2019accompagner, il recrute Simone Signoret dans la peau de Mathilde, qui est inspir\u00e9e de Lucie Aubrac, ainsi que Jean-Pierre Cassel pour jouer Jean-Fran\u00e7ois Jardie et Paul Meurisse dans le r\u00f4le de Luc Jardie, chef du r\u00e9seau qui rappelle Jean Moulin, Pierre Brossolette et surtout Jean Cavaill\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"Icon Quote\" src=\"https:\/\/www.humanite.fr\/sites\/all\/themes\/jaures\/images\/icon_ckeditor\/quote.svg\" width=\"24\" height=\"22\">SORTI PEU APR\u00c8S LA D\u00c9MISSION DU G\u00c9N\u00c9RAL, LE FILM D\u00c9CHA\u00ceNE LES CRITIQUES. \u00ab LES CAHIERS DU CIN\u00c9MA \u00bb Y VOIENT UN TRACT GAULLISTE.<\/p>\n\n\n\n<p>Entre Lino Ventura et Jean-Pierre Melville, les relations virent au cauchemar. Le tournage est un enfer. Ils ne se parlent plus que par assistants interpos\u00e9s. Mais cette f\u00e2cherie permettra au r\u00e9alisateur de tirer profit de la situation en renfor\u00e7ant \u00ab\u2009le c\u00f4t\u00e9 \u201cb\u00eate traqu\u00e9e\u201d du h\u00e9ros\u2009\u00bb, comme le dit Bertrand Tessier, biographe de Melville. Il s\u2019agit peut-\u00eatre de son plus beau r\u00f4le, auquel il donne son visage fatigu\u00e9 et sa col\u00e8re rentr\u00e9e. Aussi, le metteur en sc\u00e8ne obtient une d\u00e9rogation lui permettant de tourner, place de l\u2019\u00c9toile, une sc\u00e8ne \u00e0 25&nbsp;millions de francs \u2013 celle dont le cin\u00e9aste est le plus fier \u2013, o\u00f9 les soldats allemands en uniforme d\u00e9filent dans un bruit de bottes, chose exceptionnelle moins de trente ans apr\u00e8s la guerre.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 12&nbsp;septembre 1969, les premiers spectateurs d\u00e9couvrent ce plan d\u2019ouverture gla\u00e7ant, au cadre fixe, qui devait initialement cl\u00f4turer le film. Ils seront 1,4&nbsp;million \u00e0 voir une colonne de nazis marcher droit vers la cam\u00e9ra, l\u2019Arc de triomphe en arri\u00e8re-plan. Un r\u00e9sultat honorable mais loin des 14,8&nbsp;millions d\u2019entr\u00e9es de \u00ab\u2009Il \u00e9tait une fois dans l\u2019Ouest\u2009\u00bb, de Sergio Leone. Car, \u00e0 sa sortie en France, l\u2019accueil est plut\u00f4t froid.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Parade nazie sur les champs<\/h2>\n\n\n\n<p>Un peu plus d\u2019un an et demi apr\u00e8s Mai 68 et quelques mois apr\u00e8s la d\u00e9mission de De Gaulle, \u00ab\u2009l\u2019Arm\u00e9e des ombres\u2009\u00bb d\u00e9cha\u00eene les critiques, \u00e0 commencer par \u00ab\u2009les Cahiers du cin\u00e9ma \u00bb qui y voient un tract gaulliste. Seul v\u00e9ritable point noir du film et l\u2019un des rares ajouts de Melville \u00e0 l\u2019histoire de Kessel, une sc\u00e8ne est tr\u00e8s d\u00e9cri\u00e9e\u2009: celle de l\u2019apparition de De Gaulle \u00e0 Londres. Mais avec un recul de plus de cinquante ans depuis la pol\u00e9mique, difficile de reprocher au film d\u2019\u00eatre une \u0153uvre militante tant il s\u2019attache \u00e0 montrer, non sans un certain lyrisme, cette R\u00e9sistance multiple, peupl\u00e9e d\u2019humains faillibles. Les retours mitig\u00e9s pouss\u00e8rent cependant les programmateurs am\u00e9ricains \u00e0 faire l\u2019erreur de ne pas projeter le chef-d\u2019\u0153uvre sur leurs \u00e9crans.<\/p>\n\n\n\n<p>Mort en 1973 d\u2019une rupture d\u2019an\u00e9vrisme, Jean-Pierre Melville ne verra donc ni des cin\u00e9astes comme Quentin Tarantino ou Martin Scorsese le citer en mod\u00e8le, ni le \u00ab Los Angeles Times \u00bb, en 2006, parler de lui comme d\u2019un \u00ab\u2009ma\u00eetre au sommet de son art\u2009\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"L&#039;arm\u00e9e des ombres (1969) Bande Annonce VF [HD]\" width=\"640\" height=\"360\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/pXfSLzJjsCE?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Du flop au film culte #1. 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